09/06/2011

Contrefaçons

Philosophie post-moderne : une frisée mâche sa laitue.
On savait déjà que la Chine fabrique pas mal de contrefaçons : produits de luxe, médicaments, DVD… Les industriels cherchent même à nous faire croire que c’est un fléau mondial. Et même qu'hier, c'était la Journée Mondiale de Lutte contre. Voilà maintenant qu’elle – la Chine, donc – se lance dans la contrefaçon d’armements virtuels.

Explication. Il existe aujourd’hui un bon nombre de jeux en réseau. Ces jeux portent des noms exotiques comme Everquest, Final Fantasy ou World of Warcraft. En gros, le principe est toujours le même. Une fois connecté depuis son ordinateur – et à condition de payer 12 euros par mois d’abonnement le joueur peut se prendre pour un guerrier vaguement médiéval dans un univers façon «Seigneur des anneaux», il s’associe avec d’autres joueurs et, de combat en combat, il conquiert des schmilblicks virtuels tels que cape magique, bourse magique, épée magique, parchemin magique et autres casques magiques qui feront de son personnage un personnage plus fort que les autres personnages. Le but, on l’aura compris, est de conquérir un max de ces trucs afin d’éblouir les copains en leur montrant qu’on a la plus grosse. En somme, rien de nouveau sous le soleil. Il paraît que plusieurs millions de personnes à-travers le monde s’adonnent à ce loisir. Bon. Je suppose que ça les console de se faire engueuler par leur prof, leur femme ou leur chef de service et c’est toujours mieux que s’il le faisait en filant des coups de pied au chien ou des torgnoles à leurs mômes.

Là où ça commence à être drôle, c’est que certains joueurs ont tellement envie d’avoir la plus grosse que, plutôt que de la conquérir (ce qui n’est pas toujours à leur portée), ils trouvent plus simple de l’acheter. C’est-à-dire que, parfois, ceux qui ont réussi à gagner des schmilblicks magiques les revendent aux autres. En vrai. Dans le monde réel. Contre des dollars ou des euros. Sur eBay. Il semblerait qu’un grand nombre de joueurs accros aient ainsi dépensé plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d’euros pour équiper leur personnage virtuel du casque ou de l’épée qui vont bien. A l’échelle mondiale, ce marché du schmilblick virtuel frôlerait le milliard d’euros. Déjà, rien que cette info-là suffit à faire faire deux tours de cadran à l’aiguille du conomètre. Mais ce n’est pas fini.

Les Chinois, dont le sens du business n’est plus à démontrer, ont vite compris qu’il y avait là un formidable filon à exploiter. Ils ont donc créé de véritables usines de «fabrication» d’armes virtuelles. Ça s’appelle le «gold farming». C’est assez simple : on va sur un jeu, on repère la façon d'y gagner une épée ou un parchemin magique et on répète la séquence des centaines de fois par jour, sans interruption, pour accumuler un stock virtuel qui sera revendu ensuite. Bien sûr il y a de quoi devenir dingue, mais bon, pas plus qu’en poussant des chariots dans des mines. Et bien sûr, ceux qui font ça ne le font pas pour leur propre compte : ce sont des ados ou de jeunes adultes salariés pour environ 60 euros par mois par des entrepreneurs qui ont eu les moyens d'investir dans les ordinateurs et les connexions Internet nécessaires à la «production» des schmilblicks magiques. La bonne vieille logique capitaliste, quoi. Là non plus, rien de vraiment nouveau.

Donc, une usine chinoise de fourbis virtuels ressemble assez bien à un élevage de poulets en batterie où les cages seraient remplacées par des écrans. Mais il y a mieux. On a appris récemment que, dans les prisons chinoises, certains gardiens obligent les détenus à produire ainsi du magique contrefait. Pendant huit à dix heures. La nuit. Après avoir cassé des cailloux durant la journée, histoire de bien garder la forme. D’après un ancien condamné, ils seraient 300 prisonniers au camp de rééducation de Jixi à fabriquer ainsi casques et épées magiques à la chaîne. Avec des châtiments corporels à la clé si les quotas de schmilblicks ne sont pas atteints. Bref, il semblerait que les travaux forcés chinois se font maintenant sur ordinateur. Ce qui montre bien qu’en Chine, boom économique ou pas, c’est toujours le PC qui dirige, même si ces initiales n’y ont plus tout à fait la même signification.

Sinon, il y a un magazine qui fait dans la pensée profonde et qui s’appelle Philosophie magazine. Ce mois-ci, il consacre sa couverture à l’affirmation : «Je suis ce que je mange». Et pour bien le démontrer, eh bien, la petite demoiselle sur la couverture qui mange de la salade est elle-même roulée dans une feuille de salade géante. Et surtout, fin du fin de l’astuce, elle est toute frisée. Ben oui : frisée, salade... Il fallait y penser. Eux, ils y ont pensé. Ils sont très forts. On ne travaille pas pour rien dans un journal qui s'appelle Philosophie magazine.

Le niveau monte.

06/06/2011

Lesbien descendu ?


Elise et Stéphan(i)e, vainqueuses par double négation.
On voit que ce long week-end est passé : après une inquiétante cessation d’activité pendant trois ou quatre jours, le robinet à conneries fonctionne à nouveau. Et à plein jet. Je trouve ça presque rassurant.

En vrac, la sélection du jour : des tortues, des lesbiennes, un utérus, une ultra-milliardaire, un anniversaire qui tourne à l’émeute et un chat anonyme.

Les lesbiennes, d’abord. Elles se sont mariées ce samedi 4 juin à Nancy, le plus légalement du monde. Non pas que le mariage homosexuel soit autorisé en France, mais celui-ci n’en était pas un puisqu’en fait l’une des deux femmes est un homme. Enfin, était un homme. Avant de changer de sexe. Et comme l’administration, pour une raison ou pour une autre, n’a pas reconnu son changement de sexe, le mariage a pu se faire. Je ne sais pas si vous avez bien suivi ; c’est ce qu’on appelle la double négation, un peu comme «les ennemis de mes ennemis sont mes amis». En sortant de la mairie, arrivés au pied du grand escalier, ni la femme, ni sa conjoint – ou son conjointe – n'a posé la question que tout le monde attendait : «Lesbien descendu ?». Par contre, ils ont déclaré que ce mariage était «un symbole pour tous les millions de gays et lesbiennes qui aimeraient avoir les mêmes droits, pour que la France devienne un vrai pays républicain». Vu que la France ne sera pas une vraie république tant qu’elle n’aura pas autorisé le mariage homosexuel. Ayant dit, les deux tourterelles sont vite allées rejoindre une marche des «Fiertés lesbienne, gay, bi et trans». Histoire d’en rajouter dans le symbole. Parce qu’on peut très bien et en même temps se revendiquer «comme tout le monde» et défiler pour affirmer sa fierté de ne pas être comme les autres. On n’en est pas à une double négation près. D’ailleurs, voyez François Hollande : il demande qu’on le choisisse pour être au-dessus des autres sous prétexte qu’il est «normal». Comme quoi…

Les tortues ensuite. Elles ont envahi la plage d’Omaha Beach, haut-lieu du débarquement. Plus de mille. Très grosses, toutes blanches et avec des carapaces en forme de casques de GI. Ce sont des sculptures d’un dénommé Rachid Khimoune destinées, en ce jour de commémoration, à symboliser «les horreurs infinies de la guerre». C’est lui qui le dit. Avec sérieux. Je suis perplexe : en quoi la tortue est-elle une bestiole particulièrement belliqueuse ? Ou horrible ? Ou victimaire ? Infinie, à la rigueur, à cause de Zénon, d'Achille, tout ça... Vous ne connaissez pas ? Pas grave. De toute façon, je ne sais pas si la tortue était vraiment indiquée pour symboliser des petits gars de l’Idaho ou de la Georgie qui, à peine le pied posé sur la plage, se sont probablement mis à cavaler aussi vite qu’ils l’auront pu histoire d'éviter les pruneaux de tous calibres qui leur pleuvaient dessus par paquets de mille. Mais bon, je ne suis pas artiste. Pardon ? «Rachid Khimoune non plus» ? Ce n’est pas gentil, ce que vous dites là.

Animal suivant : le chat. Celui-ci s’appelle… Ben, justement, il ne s’appelle pas encore. C’est le chat de M. Harper, premier ministre du Canada. M. Harper, qui a du temps à perdre et des voix à gagner, a créé une page Facebook pour demander aux Canadiens de voter afin de donner un nom à son chat. Ils ont le choix entre six propositions, toutes plus connes les unes que les autres. Six mille personnes ont déjà voté. Le Canada est un grand pays démocratique. «Un vrai pays républicain», comme on dit à Nancy quand on vient de s'y marier. 

L’utérus, maintenant. Celui-là aussi est symbolique, comme le mariage et les tortues. Il a été évoqué à l’occasion d’un colloque organisé à la Sorbonne sur l’apport de l’OM dans la société. Oui, oui, l’OM. L’olympique de Marseille. Le club de foot, quoi, vous savez bien, celui que Tapie a rendu célèbre avec des histoires de valises de billets… Eh bien, figurez-vous que l’OM, donc «mérite une véritable analyse scientifique (…) Il a toute sa place en tant qu’objet d’étude unique». C’est ce qu’affirme M. Pierre Dantin, créateur de la chaire «Société, sport et management» à l’université de la Méditerranée. D’où un colloque en bonne et due forme, à la Sorbonne, avec des profs de Sciences Po, un sociologue «directeur de l’Observatoire du Religieux», la socio-star Michel Maffesoli et la pédopsycho-star Marcel Rufo. Lequel s’est illustré en déclarant : «Le nouveau stade Vélodrome sera un utérus où nous renaîtrons tous à chaque match». Je sens que l’analyse scientifique est bien partie.

La multi-milliardaire, c’est Tatie Zinzin, alias Liliane Bettencourt, qui est désormais rabibochée avec sa fille. Les deux braves dames, donc, ont uni leurs voix pour demander qu’il soit mis fin à toutes les enquêtes et autres investigations déclenchées par leurs récents crêpages de chignon. Il faut dire que, à la faveur desdites enquêtes, le trésor public a mis le nez sur trois ou quatre milliards d'euros planqués en Suisse et sur une île oubliée dans le Pacifique, tandis qu’un ministre faisait les frais de l’histoire. C’est ce qui s’appelle des dommages collatéraux. Et ça a rapporté quelques dizaines de millions en redressement fiscal. A mon humble avis, si les deux mamies décident de mettre les pouces, c’est probablement qu’il doit en rester un peu sous la pédale. A la place du TPG de Neuilly, je me dépêcherais de gratouiller tant qu’on le laisse encore faire.

Et pour finir, l’anniversaire. C’est celui de Thessa, une hambourgeoise de 16 ans, qui a posté une invitation à son anniversaire sur Facebook en oubliant de la limiter aux happy-few concernés. Près de 1 500 personnes se sont pointées. Les parents ont appelé la police à la rescousse. Une centaine d’agents sont intervenus. Des poubelles ont été brûlées, des voitures vandalisées, des bouteilles brisées par dizaines et onze personnes arrêtées pour trouble à l’ordre public. Une bien belle fête. Déjà, en 2008, une adolescente de 14 ans avait fait le coup à Brighton. 400 personnes avaient débarqué et avaient finalement vandalisé la baraque des parents avant de repartir se faire de nouveaux amis.

Quatre cents personnes en 2008, mille cinq cents en 2011. Le niveau monte.

04/06/2011

Dialogues.

Sitting-Bull et Moctezuma, dialoguistes malheureux.
Aujourd’hui, rien de très exaltant. On dirait que l’actualité se calme un peu. J’en profite pour vous parler d’une de mes vieilles rancœurs. Ça fait un moment que je l'ai sur la patate. Elle porte sur le slogan publicitaire choisi par le musée des « Arts Premiers » du quai Branly.

Déjà, il faut souligner l’arnaque représentée par les mots « Arts Premiers ». Autrefois, on appelait ça « Arts Primitifs ». En clair, les masques africains en bois peint et les tas de cailloux multicolores venus tout droit des prairies australiennes, à quoi pouvaient s’ajouter deux ou trois balafons et quelques tapis en paille tressée. Rien de honteux, mais pas non plus de quoi casser trois pattes à un canard. On admettait communément que c’étaient là les premiers témoignages de l’émergence d’un sens artistique. Quelque chose qui préfigurait d’une certaine façon la Joconde, L’Enterrement dans les blés ou un Stradivarius, mais qui en était tout de même encore assez loin. D’où l’appellation d’Arts Primitifs. Et puis, le politiquement correct aidant, on s’est avisé que le mot « Primitif » pouvait avoir quelque chose de vaguement injurieux. Et c’est vrai que, quand j’explique que le contrôleur de mon métro du matin a l’air un peu primitif, c’est pas vraiment pour en tracer un portrait flatteur. Donc, exit le mot « Primitif », qu’on a remplacé par « Premiers ». Premiers, ça veut dire qu’ils étaient là avant les autres, donc que c’est par eux que tout a commencé ; mais en même temps c’est vachement gratifiant. Qui ne rêve d’être le premier ? « Premier », c’est pour ainsi dire supérieur. Le premier de la classe, c’est l’excellent, celui qui a niqué tous les autres. Donc, habile confusion de sens permettant de faire croire aux gentilles peuplades genre Dogons et autres Massaïs que leurs trois bouts de bois, non seulement sont antérieurs à toute autre production artistique, mais en plus les surpassent toutes. Et voilà, voilà, voilà, tout le monde est content et qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour maintenir la paix en Françafrique…

Là où l’affaire est doublement intéressante, c’est que lorsqu’on va le visiter, le musée du quai Branly, on se rend compte que non seulement ces fameux arts étaient « Premiers », c’est à dire franchement et nettement primitifs, mais qu’en plus ils le sont restés pendant grosso modo quinze à vingt siècles. Parce que rien ne ressemble plus à un masque peint du IVème siècle (après JC) qu’un masque peint du XIXème siècle. Pas un poil d’évolution, ni dans les techniques, ni dans l’expression artistique. Du même, du même et encore du même. Pendant ce temps-là, en Europe, on inventait la perspective, le pointillisme, l’impressionnisme, le cubisme et j’en passe. On aurait peut-être mieux fait de s’arrêter là, d’ailleurs, parce qu’ensuite, l’action painting et tout ce qui s’ensuit… Mais bon, c’est un autre sujet.

D’ailleurs, je m’égare un peu. Au départ, je voulais parler du slogan du musée. Ce slogan phénoménal, je ne sais pas si vous vous en souvenez, c’est : « Les cultures sont faites pour dialoguer ».

Les cultures sont faites pour dialoguer.

Je ne sais pas si vous vous rendez bien compte de la connerie abyssale de cette phrase.

Déjà, l’idée que « les cultures sont faites pour… ». Faites. Faites pour. On « fait » une culture, et on la « fait pour » quelque chose. C’est nouveau, ça, non ? Je « fais » une culture, moi ? Vous « faites » une culture, vous ? Vous avez le sentiment de la fabriquer, vous, cette culture dans laquelle nous sommes tous immergés comme des poissons dans l’eau de leur bocal ? Et de la fabriquer dans un but précis ? Non mais qu’est-ce que c’est que cette vision utilitariste, industrialiste, prétentieuse ? Alors, maintenant, on « fait une culture pour… », comme on fait un marteau pour planter des clous ou un congélateur pour conserver la bouffe ?

Et puis alors, le summum, c’est « faites pour dialoguer ». Non mais, quel est donc le quarteron d’abrutis qui a pondu une ânerie pareille ? Dialoguer, les cultures ? Mais où ont-ils vu ça ? Vous les connaissez, vous, les grands dialogues interculturels dont l’Histoire nous offre des centaines d’exemples ? Bien sûr que vous les connaissez. Si vous ne les avez pas appris à l’école, le cinéma et la télé se sont chargés de vous renseigner. Les plus notables dialogues interculturels de l’humanité se sont tenus – entre autres – à Troie, à Carthage, aux Champs Catalauniques, à Poitiers, à Azincourt, à Lépante, à Mexico, à Austerlitz, à Trafalgar, à Little Big Horn, à Verdun, à Pearl-Harbour, à Hiroshima, à Dien-Bien-Phû… J’en passe, et des plus sanglants. A chaque dialogue, des centaines ou des milliers de morts. Une barbarie sans nom. Le choc des convictions, des certitudes, parfois des fanatismes. Les cultures sont faites pour dialoguer ? Ben voyons ! Allez donc demander ce qu'ils en pensent aux Aborigènes d'Australie, aux Maoris de Nouvelle-Zélande, aux Sioux et aux Cheyennes d'Amérique du nord, aux Incas d'Amérique du sud... Enfin, à ce qu'il en reste.

J’imagine, l’espace d’une seconde, le débat télévisé sur le thème « Les cultures sont-elles faites pour dialoguer ? ». Animateurs, Yves Calvi et Arlette Chabot. Invités-témoins : M. Gérard Custer, descendant du fameux général de western ;  M. Jumping Bull, descendant de Sitting, chef sioux ; Mme Moctezuma, arrière-arrière-arrière petite fille du roi aztèque massacré par les Espagnols ; M. Teodoro Cortez, descendant du conquistador bien connu… Vous voyez d’ici le tableau.

Mais non. Quelques pseudo-humanistes de la rue de Valois balayent d’un revers de main toutes ces fâcheuses réalités historiques et nous affirment tranquillement que « les cultures sont faittes pour dialoguer ». Puisqu’on vous le dit, vous n’avez le croire. Et puisqu’on vous le dit, ça doit bien être vrai.

Ça fait déjà un moment que le niveau monte.

03/06/2011

D'un général à l'autre.

Pablo Neruda, poète seringué ?
L'affaire agite le Chili et ne va pas tarder à débarquer chez nous, dès que DSK, Christine Lagarde et autres concombres laisseront un peu de place : Pablo Neruda aurait été assassiné. Neruda, c'est THE poète chilien, prix Nobel de littérature, communiste fervent et mort d'un cancer de la prostate dans une clinique de Santiago le 23 septembre 1973, soit douze jours après le coup d'Etat du général Pinochet. Enfin, c'est ce qu'on croyait. Car voilà-t-y pas que des proches de Neruda, trente-huit petites années plus tard, se demandent si le grand homme n'aurait pas été un peu poussé dans la tombe d'un coup de seringue perfide. Pour éviter qu'il ne fasse de l'opposition intellectuelle. Faut dire que, question général, Neruda avait la primauté sur Pinochet. Son général à lui, le Canto general, datait de 1950. D'où une jalousie d'auteur bien naturelle devant le succès de l'autre. De plus, les proches ci-dessus évoqués ont des preuves accablantes. L'avant-veille de sa mort, Neruda avait disputé le marathon de New-York. Et la veille encore, il recevait ses amis en sautant à la corde. Enfin, j'exagère, mais à peine. Bref, il est mort en pleine santé. D'où suspicion légitime et nécessité de faire une enquête. Les proches - toujours eux - expliquent que, même si on n'est sûr de rien, il y a un "devoir moral" d'enquêter. Enquête passionnante et qui fera suite à celle ouverte voilà quelques jours pour déterminer si le président Allende a été abattu ou s'il s'est suicidé. Vous penserez sans doute que la différence est minime et ne présente qu'un intérêt anecdotique. Moi aussi. Mais il est vrai que nous ne sommes pas chiliens.

A Paris, pour une fois, les élus municipaux UMP prennent de l'avance. Les Municipales n'auront lieu qu'en 2014, et avant elles il y aura deux ou trois babioles genre Sénatoriales, Présidentielle et Législatives ; mais ils se cherchent déjà un candidat. Il leur faut "un homme d'Etat", explique leur chef, M. Lamour. Ils ont offert la place à François Fillon. Vous aussi, ça vous fait marrer ? Bon, c'est vrai que question homme d'Etat, M. Fillon, ce n'est pas le nom qui vient spontanément à l'esprit. Mais réfléchissez deux minutes : Copé est déjà maire de Meaux, Juppé maire de Bordeaux et quant à Sarko, il risquerait de prendre mal qu'on lui propose déjà la place. Ça ne laisse pas grand monde. Et puis, imaginez que notre Président cherche à fourguer comme candidat à l'UMP parisien son Jeannot de fils... On comprend que M. Lamour se dépêche de prendre les devants.

A côté de ça, Groupon veut entrer en bourse. Groupon, c'est un site Internet d'origine américaine qui vous propose de faire des bonnes affaires en profitant de prix cassés sur tout et n'importe quoi, en particulier des nuits d'hôtel et des séjours touristiques. Moi, ça m'étonne un peu, vu que je n'ai découvert l'existence de ce truc que voilà trois semaines, par des offres spamées entre une proposition pour faire maigrir mes impôts et une autre pour faire grossir mon sexe (il va bien, merci). Sans compter que depuis, j'ai lu quelques articles ou lettres de consommateurs qui tendent tous à dénoncer Groupon comme l'escroquerie du siècle. La boîte en question a perdu 456 millions de dollars en 2010 (pour un chiffre d'affaires de 713 millions) et 146 millions au premier trimestre 2011 (pour un CA de 645 millions). Ça me semble tout à fait en ligne avec les performances des Google, Facebook et autre pépites du net. Gageons que la Société générale sera dans les premiers à souscrire.

Bernard-Henri Lévy, le célèbre philosophe pour noces et banquets, a encore trouvé un moyen de  faire parler de lui. Il a déclaré avoir apporté à M. Netanyahou un message du CNT, le gouvernement provisoire libyen. Message de haute portée diplomatique et géopolitique, puisqu'il affirme en substance que le CNT souhaite la paix et la justice pour la Palestine comme pour Israël et comme d'ailleurs pour le reste du monde. L'ennui, c'est que si M. Netanyahou a bien reçu notre BHL national, personne au CNT ne se souvient de lui avoir confié quoi que ce soit. D'ici à ce qu'un blagueur façon Botul se soit payé la tronche de notre entarté favori, il n'y a pas des kilomètres.

A Rome, Benoît XVI vient d'ordonner la fermeture d'un couvent. Non qu'il y en ait trop, mais celui-là, Santa Croce di Gerusalemme, était un peu déviant. D'abord, il était devenu un lieu très tendance où les "people" les plus célèbres venaient volontiers se ressourcer le spirituel sous l'œil des photographes. Et puis, apparemment, il s'y organisait des soirées plus dignes du "Decameron" que de "L'Evangile selon Saint-Matthieu" (les amateurs de Pasolini comprendront ce que je veux dire). Il est vrai que le couvent comptait des recrues de choix : l'une des nonnes était une ancienne pro de lap-dance et l'un des moines un ancien styliste branché. Tout ce qu'il fallait pour monter un endroit hype... Toujours est-il que la décision de fermeture est tombée. Certains diront sûrement que c'est dommage : pour une fois qu'un couvent s'ouvrait sur le siècle.

Pendant ce temps, au ministère de l'Education nationale, le progrès fait des ravages. Il a été décidé d'introduire dans le programme de SVT (Sciences de la Vie et de la Terre) de Première des références plus ou moins explicites à la "théorie des genres". Pour ceux qui l'ignoreraient, la théorie des genres est l'une des plus récentes couillonnades importées des USA, qui n'en sont jamais avares. En gros, selon cette théorie, il n'y a de différenciation sexuelle que sociale, les éventuelles différences biologiques n'étant que mineures et sans véritable signification. Les responsables de l'enseignement catholique s'en émeuvent et recommandent la "vigilance" dans le choix des manuels scolaires. Les tenants français de la "théorie des genres", qui gagnent leur vie à l'enseigner à Sciences-Po, crient au discours rétrograde et à la tyrannie hétérosexuelle. Les responsables du couvent Sante Croce di Gerusalemme n'ont pas encore fait connaître leur avis.

Bref, le niveau monte.

02/06/2011

Ça ne s'arrange pas.

Sébastien Gozlin, rappeur cérébral.
Et donc, aujourd'hui, l'affaire Ferry-pas Lang continue son petit bonhomme de chemin. Luc Ferry continue de se voir reprocher sa non-dénonciation, et les ministres ou sous-ministres de l'époque continuent de ne se rappeler de rien. Deux associations marocaines porte plainte contre X (X, c'est un mot pour dire "pas Lang") et tout ça tourne joyeusement en boucle. Seule nouveauté : Jean-François Kahn, le fameux pourfendeur de soubrettes, est sorti de son silence pour affirmer que Ferry lui avait dit que ce n'était pas Lang. Enfin, il ne lui a pas dit que ce n'était pas Lang ; il lui a dit qui c'était et ce n'était pas Lang, je ne sais pas si je me fais bien comprendre... Du coup, en bonne logique, Jean-François Kahn devrait maintenant encourir les mêmes reproches que Ferry, puisque le voilà au courant des mêmes supputations. Savoir si on va les lui faire ? Jean-François Kahn avait décidé de ne plus prendre la parole, vexé par le traitement subi suite à ses paroles malheureuses pour défendre DSK (dont on n'entend plus parler, au fait). Il aura tenu 72 heures. Et choisi une porte d'entrée qui va peut-être lui revenir dans la figure.

Pédophilie toujours : en Belgique, 80 personnes s'affirmant victimes d'abus sexuels ont déposé une plainte collective contre le Vatican. Suspense : va-t-on voir Jean Daniel et Bernard-Henri Lévy prendre la plume pour défendre la présomption d'innocence de Benoît XVI ? Vous le saurez bientôt en lisant "Le Point" ou "Le Nouvel Obs". Mais si vous voulez économiser des sous, je vous donne la réponse tout de suite. Non.

A Rennes, une étudiante en psycho avait réussi à pirater le système informatique de la fac et à modifier ses notes. Elle s'est faite prendre. Parce qu'au lieu de se filer la moyenne, elle s'est carrément bombardée major de promo. Ce qui a surpris ses petits camarades. Un drame de l'ambition, en somme. C'est beau comme du Stendhal.

Pendant ce temps, Pékin n'a pas piraté via Google les comptes gmail de dissidents chinois. C'est le gouvernement chinois qui l'affirme. C'est sûrement vrai : des gens capables d'organiser des Jeux olympiques aussi fastueux et populaires que les derniers JO ne peuvent pas raconter de salades. Ce serait à désespérer de tout.

Et à propos de salades, les concombres ont été blanchis. C'est ce que nous apprend le "Figaro". Comprenez que la commission européenne a officiellement levé sa mise en garde contre les concombres espagnols. Elle l'a fait d'autant plus volontiers que, pas plus tard qu'hier, elle affirmait n'avoir pas stigmatisé les gentils légumes ibériques. Et donc qu'il n'y a pas eu de mise en garde, ce qui en rendait la levée beaucoup plus facile. Du coup, dans un émouvant élan de confiance, la Russie interdit l'importation de tous les légumes européens. Pas du tout pour faire du protectionnisme économique, puisque c'est interdit par l'OMC, mais pour protéger ses populations. Elle est pas belle, la vie ?

A Nantes, il y a eu un apéro géant. 6 000 personnes. Plus 300 policiers, c'est à dire un policier pour  20 participants. A ce compte-là, la prochaine fois que le CE de ma boîte organise un pot, il faudra y rajouter 3 policiers. Mais bon, ça s'est bien passé, merci. Juste un type en état d'ivresse qui est monté au sommet d'une grue. Les pompiers sont allés le récupérer. Enfin, plus exactement, un groupe spécialisé, qui s'appelle le Groupe de Reconnaissance et d'Intervention en Milieu Périlleux. Vous n'aurez peut-être pas remarqué mais, les intiales du groupe, ça fait GRIMP. Pour aller chercher les gens en haut des grues. Ou des arbres. Ou des falaises. Je ne sais pas quel énarque a inventé ça ; il a dû trouver ça drôle.

Et sinon, il y a un rappeur qui menace Marine Le Pen de lui faire subir des tournantes. Et qui se retrouve au tribunal pour ça. Il s'en étonne et se défend en expliquant qu'il représente "la parole du peuple immigré qui veut s'intégrer". Rien que ça. C'est déjà lui qui avait traité Pierre Perret de pédophile pour réagir à sa chanson sur les femmes voilées. Avec un vocabulaire de deux cents mots. Et traité Brice Hortefeux de "gros pédé". Le rappeur en question se nomme Sébastien Gozlin. Il se fait appeler "Cortex". Comme le cerveau.

Pas de doute : le niveau monte.

01/06/2011

Ça commence très fort.

Antoine Buéno, dénonciateur de Schtroumpfs.
Aujourd'hui, 1er juin 2011, je me lance dans la rédaction de ce blog. Ce n'est pas que ça m'amuse beaucoup : je n'aime pas écrire. C'est un ordre de mon psy. Enfin, un ordre... Disons un conseil. Appuyé. Il paraît que ça va me faire du bien. D'après lui - mon psy - j'ai trop tendance à garder mes aigreurs pour moi. Il faut que je les exprime. D'où ce blog.

Donc, je commence aujourd'hui. On est le 1er du mois, ça tombe bien.

La tempête Strauss-Kahn s'est provisoirement calmée. C'est à dire que les journaleux ne savent plus trop quoi nous en raconter. Après les péripéties des premiers jours et la surexploitation qui s'en est suivie, il ne reste désormais plus le moindre petit bout de viande à gratter sur cet os de gigot. Ils ont tout exploité, tout : le bonhomme, sa chambre, son avion, son taxi, son arrestation, sa comparution, ses menottes, ses yeux battus, son imper, sa femme, sa fille, le déjeuner avec sa fille, la date du déjeuner avec sa fille, l'endroit du déjeuner avec sa fille, ses casseroles, sa prison, son appartement-refuge, son avocat, les déclarations de son avocat, sa victime, le prénom de sa victime, l'autre prénom de sa victime, le voile de sa victime, le frère de sa victime, le plus-frère de sa victime, l'immeuble de sa victime, le voisin-qui-en-a-marre de sa victime, le SIDA de sa victime, le pas-SIDA de sa victime, son autre victime, les confidences de son autre victime, la plainte de son autre victime, la finalement-pas-plainte de son autre victime, son sperme, son peut-être-pas sperme, sa stratégie de défense, ses possibles aveux, ses non-finalement-pas-aveux... Tout. Il y a même eu des reportages sur les conditions de vie et de travail des femmes de ménage des palaces new-yorkais. Plus rien à ronger. Pour l'instant. Mais on ne s'en tirera pas à si bon compte : sitôt que DSK cessera de nous jouer les Citizen Kane dans son loft à 35 000 € le mois, tout ça repartira de plus belle. Il suffit d'attendre.

En attendant, il y a des retombées collatérales. Un sous-fifre UMP accusé de caresser les pieds de ses collaboratrices. Qui n'étaient pas consentantes. Parce que, oui, on peut se retrouver en train de se faire caresser les pieds sans l'avoir voulu. Ça vous surprend ? C'est que vous n'avez jamais bossé dans une mairie. Dans les mairies, c'est comme ça : on vous appelle dans le bureau du chef et hop ! sans même vous en rendre compte, vous vous retrouvez en train de vous faire caresser les pieds. A votre corps défendant.

Et puis, il y a l'affaire Ferry-Lang. Ah, celle-là, elle est jolie. Luc Ferry qui dénonce en direct à la télé un pédophile gouvernemental (ou peu s'en faut) sans le dénoncer tout en le dénonçant, genre "J'dis ça, j'dis rien...". Puis un patron des RG qui dit que oui, oui, il en a entendu parler et que d'ailleurs il a probablement transmis l'info à sa hiérarchie mais qu'il est pas trop sûr de s'en rappeler, vous savez ce que c'est, la mémoire... Puis on ne sait trop quelle source qui vient révéler l'identité de celui que Ferry n'a pas dénoncé, et que ce serait peut-être bien Jack Lang et que d'ailleurs tout le monde le sait depuis longtemps. Puis les pro et les anti-Lang qui s'affrontent, toujours à la télé. Puis Lang qui déclare que scrogneugneu il collera un procès au premier qui lui rappelle cette histoire et que d'ailleurs Ferry n'a aucune preuve pour étayer sa non-dénonciation... Et d'ailleurs personne n'a jamais entendu parler de rien. D'ailleurs, même Luc Ferry lui-même ne se souvient plus trop. D'ailleurs, il n'a dénoncé personne. Et d'ailleurs, c'est ça qu'on lui reproche. Pour l'instant, on en est là.

A part ça, le concombre espagnol tueur continue ses ravages. Sauf qu'aux dernières nouvelles le tueur ne serait pas un concombre. Et surtout, surtout, il ne serait pas espagnol. Je ne sais pas si le gouvernement espagnol est intervenu en sous-main, mais en tout cas aujourd'hui il réclame des dommages et intérêts pour ses agriculteurs victimes de cette calomnie odieuse. La commission européenne répond qu'elle n'a jamais accusé l'Espagne. Elle a juste dit que le tueur était un concombre venu d'Almeria. Ou de Malaga. Qui, comme chacun sait, sont les capitales respectives du Kurdistan et de la Nouvelle-Guinée. Les Espagnols insistent. L'enquête se poursuit. Nous sommes invités à manger des légumes, ne serait-ce que pour consolider la vieille amitié franco-espagnole.

Sinon, personne n'entend plus parler de Xavier Dupont de Ligonnès, qui a quand même tenu les médias pendant près de trois semaines. Peut-être que son  nom fait trop espagnol. On risquerait de le confondre avec le concombre.

Et pour couronner le tout, je lis un numéro déjà ancien du "Nouvel Obs" (19/05/2011, page 20) et je tombe sur ces mots : "On sera quatre autour de la table et le débat ne doit pas durer plus d'une demi-heure. On aura donc chacun 6mn15 pour parler". Ces fortes paroles ont été prononcées par Martin Hirsch, à propos d'un débat auquel l'UMP l'a invité. Je sais pas vous, mais moi, si je divise 30 mn par quatre, je trouve que ça fait 7mn30 par personne. Ce n'est pas beaucoup plus, mais quand même, dans la bouche de M. Hirsch, normalien, énarque, conseiller d'Etat, ça fait un peu désordre. Surtout que c'est lui qui a conçu et mis en place le RSA, en jurant que ça tenait la route sur le plan comptable. Depuis, je me demande si ceux qui dénoncent le coût exorbitant du système n'auraient pas un tout petit peu raison. Surtout si c'est M. Hirsch qui a fait les calculs.

Pendant ce temps, un dénommé Antoine Buéno (le frère de Kinder, peut-être) fait un livre pour expliquer que les albums des Schtroumpfs sont antisémites et racistes. A cause d'Azraël et des Schtroumpfs noirs. Ça ne s'invente pas. Et il a trouvé un éditeur. Et il enseigne à Sciences-Po. Et le reste du temps, il écrit des discours pour François Bayrou.

Aucun doute : le niveau monte.